Made In Chelsea, je t'aime

This post originally appeared in Retard Magazine in July 2014. Read here.

Maintenant que la quatrième saison de Game Of Thrones est finie, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir regarder ? Made in Chelsea, MIC pour les intimes en est déjà à sa septième saison (vous en aurez pour des heures et des heures à rattraper votre retard en attendant les séries de l’automne), donc vous me pardonnerez si vous connaissez déjà en long et en large. Vous avez sûrement déjà entendu parler de The Only Way Is Essex (TOWIE), le Jersey Shore anglais. Je n’ai jamais vraiment accroché, mais MIC, semblable sur le principe, en est l’antithèse. Pensez The Hills* pour le côté télé-réalité scriptée via Gossip Girl pour le côté utlra riche inatteignable, mâtiné de grande bourgeoisie anglaise. Je suis tombée dessus un peu par hasard, en lendemain de soirée lorsque mon cerveau n’était pas prêt à suivre l’intrigue d’un vrai film sérieux mais que je n’avais pas envie de regarder une énième romcom.

Plein de bonnes raisons de regarder MIC : 

1.a. Les personnages nous ressemblent 

Je ne sais pas si c’est la vieillesse ou si c’est parce que les jeunes c’est plus ce que c’était, mais les séries/films d’ados m’intéressent de moins en moins. Alors quand ils font un peu trop la fête et qu’ils couchent avec leurs amis, je m’identifie.  

b. Mais en fait non  

Tout Chelsea semble avoir un physique de mannequin, évoluer dans un monde vu par le filtre Instagram Valencia, au son de la dernière tuerie tubesque (mais pas si tubesque qu’elle est inécoutable, cf la playlist ici Made In Chelsea: Series 7). Partir du jour au lendemain en Afrique du Sud/à Venise/à Verbier/à Saint Tropez ? Pas de problème. Comme la plupart des interactions se déroulent dans des cafés/restaurants/bars/boîtes, c’est facile d’oublier qu’ils ont des jobs (ils semblent tous bosser dans la mode ou la finance). Ils ont beau habiter dans ma ville et parfois fréquenter des endroits où je suis déjà allée, le nombre de fois où je suis allée à Chelsea se compte sur les doigts des deux mains. Pareil pour eux et mon quartier : quand Edo invite le gang à une fête dans l’est londonien, Andy prononce les mots inoubliables « East London? Yeah I’ve been to the City once. » (L’est de Londres ? Ouais une fois je suis allé à la City (NDLR : quartier d’affaires style la Défense).)Par contre, le nombre de personnages étant forcément limité dans chaque saison, les relations finissent par devenir quasiment aussi incestueuses que dans Game of Thrones. La règle qui veut qu’on ne touche pas aux ex des potes ? C’est un peu difficile quand tout le monde s’est tapé tous les membres du sexe opposé. L’avantage c’est que ça crée des tensions beaucoup plus intéressantes que la vie de mes amis en couple. 

2. Mummy Felstead 

Tout le monde adore Binky Felstead avec ses grands yeux de biche (moi aussi je veux porter des faux-cils tous les jours) et son non-intérêt pour la mode, mais je trouve sa mère encore plus attachante. Jamais un cheveu blanc de travers, elle n’essaye pas d’être une cool mom mais elle est toujours présente pour sa fille. Décomplexée et d’excellent conseil, franchement je lui confierais ma vie amoureuse sans hésiter. Ça tombe bien, elle est courrier du coeur pour le Daily Mail

3. Mark-Francis 

Fils d’une muse d’Yves Saint Laurent et infiniment riche, la seule bonne raison d’être jalouse de Mark-Francis sont ses pommettes parfaites. Toujours impeccable, flanqué de son acolyte la non-moins immaculée Victoria, la poursuite du snobisme semble sa seule raison d’être. Détachés de l’action principale, ils jugent plus vite que leur ombre, mais alors que Victoria insulte carrément celles qu’elle juge être des basic bitches, Mark-Francis est mieux élevé et s’empresse toujours de faire ressortir le côté DIVIIINE de celles qui méritent son attention.

Parmi les bons mots de Mark-Francis :  

« Unless you have a family tiara, you don’t wear one. » (Si tu n’as pas hérité d’un diadème familial, tu n’en portes pas.) 

« I once knew someone who had a sleeping bag, and the moment I found out, that friendship was over. » (J’ai déjà connu quelqu’un possédant un sac de couchage, mais dès que je l’ai su notre amitié était finie.) 

« There’s nothing more depressing than going to a dinner party where there are no flowers. Doesn’t it just kill you? I want to leave there and then. » (Rien de plus déprimant qu’un dîner sans fleurs. Ça me tue, pas toi ? J’ai immédiatement envie de partir.) 

« Do you know what I find truly ghastly? People who jog in public… You don’t jog down the King’s Road. » (Vous savez ce que je trouve épouvantable ? Les gens qui courent en public… Voyons, on ne court pas sur King’s Road.) 

Je pense qu’un de ces jours je vais devoir me tatouer une de ses citations (je plaisante, Maman).  

* D’ailleurs, Stephanie Pratt, la petite sœur de l’infâme Spencer Pratt, a rejoint MIC pour les saisons 6 et 7.


Istanbul

This post originally appeared in Retard Magazine in March 2014. Read here.

Septembre 2010, Paris.

Des vêtements du sol au plafond, sur des portants, en piles, dans des bacs. Des chaussures alignées sur la cheminée et devant les fenêtres. Un défilé ininterrompu d’amies et d’amies d’amies dans mon salon. Ma copine Sonia et moi vendons presque toutes nos possessions terrestres. La raison ? Dans un mois, je pars vivre à Istanbul, et je pars avec une seule valise.

15 octobre 2010, Istanbul.

Après trois heures de vol, je suis à l’aéroport où personne ne m’attend. Un trajet en taxi plus tard, j’arrive dans le quartier de Nişantaşi, et à l’appartement où je vais habiter les six prochains mois. De mes fenêtres je vois les vitrines Prada, et quelques mètres plus loin, on trouve les boutiques Chanel, Vuitton, Alexander McQueen et Giuseppe Zanotti. Topshop au coin de la rue. Ça change un peu du 11e arrondissement.*

16 octobre 2010,

Istanbul. Mon premier jour de travail. 

Si je me retrouve ici, c’est que mon diplôme de design de mode en poche et mon futur ressemblant à un gros point d’interrogation, j’en ai fait part à celle qui me sert de mentor/grande soeur : Aslı. Je l’ai rencontrée quelques années plus tôt le dernier jour d’un stage, on a tout de suite accroché et une chose en menant à une autre, je l’assiste à chaque fois qu’elle vient présenter ses collections à Paris. Avec elle, j’apprends une réalité de l’industrie de la mode complètement différente de ce qu’on m’enseigne à l’école. Sa marque de fringues à l’esthétique barrée qu’elle a créée à New York, c’est ce qui me fait respirer au milieu du conservatisme ambiant parisien. Alors quand elle me propose de venir bosser pour elle, je n’hésite pas trop. D’accord, je ne suis jamais allée en Turquie, je ne parle pas turc et je ne connais qu’elle, mais ce ne sont que des détails non ?

Première surprise, malgré mon appartement très classe (la chambre que j’occupe est dans un showroom où sont présentées plusieurs marques de luxe dont celle d’Aslı), le studio de créa se trouve dans un quartier très éloigné, moins glamour mais à proximité de l’entreprise de tissus familiale et de l’atelier où sont faits les vêtements. Istanbul, c’est l’une des villes les plus peuplées du monde et comme dans beaucoup de pays relativement émergents, les différences sont très marquées. De la fenêtre de la Mercedes, je vois défiler devant mes yeux le quartier le plus riche dans lequel j’ai jamais vécu, et des presque bidonvilles et des hommes qui se tiennent sur le côté de l’autoroute. Ils attendent qu’un camion vienne les chercher pour qu’ils puissent travailler sur des chantiers à la journée. Lorsqu’on s’arrête dans le quartier habité le plus proche de l’atelier, Aslı refuse net que je sorte de la voiture. Si à Nişantaşi je suis presque en Europe, ici les femmes sont voilées et mon débardeur et mon jean ne feraient qu’attirer l’hostilité.

31 octobre 2010, Istanbul.

Aslı a dix ans de plus que moi, et même si on apprécie prendre des verres ensemble, elle a eu la bonne idée de me présenter à sa petite soeur Gözde, qui a le même âge que moi. Göz, c’est la meuf super sympa, super belle (elle joue souvent les mannequins pour Aslı) et surtout super populaire qui connaît tout le monde à sa fac. Je ne suis à Istanbul que depuis deux semaines et grâce à elle j’ai déjà intégré une petite bande. 

Ce soir, c’est Halloween et ce sera ma première vraie fête ici. J’ai dû improviser avec les ressources limitées de ma valise et je sors en Mercredi Addams. On arrive dans un bar à cocktails clandestin au quatrième étage d’un immeuble, la déco est mortelle et je repère un mec. Le hasard faisant bien les choses, une fille fait exploser son verre juste derrière moi et le susdit mec vient s’assurer que je n’ai pas reçu d’éclats de verre. Après une discussion dans un anglais parfait, il me propose de me faire visiter la ville et prend mon numéro. Quand je reviens voir mes amis, ils ont tous la mâchoire au niveau du sol et j’apprends que c’est un chanteur connu. Pardon, j’ai pas fait exprès.

Dans les jours qui suivent je le revois et je réalise que je ne serai jamais totalement indépendante dans cette ville : vous êtes déjà allés à Istanbul ? C’est IMMENSE. Deux continents, deux mers, un détroit, en fait on dirait que les 39 districts sont carrément des villes distinctes. Tout ça pour dire que le métro est hyper mal foutu (deux lignes, non ce n’est pas une blague) et les bus n’ont aucun affichage. Alors forcément on prend toujours le taxi, comme par exemple pour aller chez ce mec. Sauf que la ville est si grande que même les chauffeurs de taxi ne savent pas où ils vont, alors ils te demandent des indications, sauf que si tu ne parles pas turc c’est un peu chaud. Alors il faut avoir au téléphone la personne que tu rejoins pour qu’elle guide le chauffeur, ce qui pose quelques limites à l’indépendance.

31 décembre 2010, Istanbul.

Je suis de retour en Turquie après quatre jours passés à Toulouse pour Noël. Ces quatre jours, je me les suis octroyés car évidemment, il n’y a pas de vacances de Noël ici. Ah oui, il faut savoir : les turcs travaillent tout le temps. Sur toute la durée de mon séjour, j’ai vu les gens se reposer UNE SEMAINE en novembre. Comme en plus je travaille pour une marque indépendante mais aussi une grosse boîte type HM locale pour laquelle Aslı fait du consulting, j’ai eu droit à un traitement spécial où j’ai travaillé 7j/7 pendant 6 semaines. J’aime travailler mais c’est vrai que je balançais entre l’envie de pleurer permanente et le désir de tuer tout le monde.

Mais revenons à nos moutons : le Nouvel An. Mon copain Haakan** et moi devons retrouver mes amis Odile et Max pour passer la soirée sur un bateau. Une fois sur le quai, on se regarde et on décide d’opter pour le plan B, une soirée chez un ami. Sa maison est située sur une colline avec vue imprenable sur le Bosphore et les feux d’artifice. D’un coup, vers 3 heures du mat, Emir, un des meilleurs amis d’Haakan, me propose : « Le phare roumain, ça te dit ? » Je n’ai aucune idée de quoi il parle mais ça me dit bien et une minute après on est tous les trois en route. On arrive à Rumeli Feneri, la partie d’Istanbul la plus au nord du côté européen, et on se perd dans le village endormi. La seule voiture qu’on croise est celle des flics qui nous guident jusqu’au phare. Ils n’ont pas l’air d’avoir de problème avec notre taux d’alcoolémie ni avec les panneaux Défense d’entrer. En fait de phare, c’est plutôt un château en ruines, un ancien poste d’observation puisque c’est à la jonction du Bosphore et de la Mer Noire. C’est sûrement mon nouvel an préféré. Le champagne s’estompe, j’ai froid avec le vent dans ma petite robe en soie et il fait très noir mais on distingue les ruines et la mer. 2011 commence bien.

Mars 2011, Istanbul.

On se promène main dans la main, sur un pont, avec Haakan. Il fait beau, tout le monde est de sortie. Je sens très clairement une main qui me pince les fesses. Je me retourne et sans réfléchir je sors un gros « PUTAIN » en français dans le texte. Haakan, alarmé, me demande ce qu’il se passe. Son côté macho, courant ici, ressort instantanément et il se précipite après le mec pour aller se battre. Après un instant de confusion j’arrive à les séparer et on s’éloigne ; je lui explique que non, ça ne me fait pas plaisir qu’on se batte pour moi. Deux secondes plus tard un monsieur lui tape sur l’épaule et commence à lui poser des questions et à me pointer du doigt. Je n’ai aucune idée de ce qui peut se passer. Il m’explique que c’est un flic en civil qui a vu toute la scène et veut savoir si je désire porter plainte. Je n’ai pas spécialement envie de passer l’après-midi au poste de police et je décline la proposition. Mais c’est quand même une perspective incroyable après avoir vécu en France, où le harassement sexuel est finalement devenu une sorte de mouche à merde : c’est relou mais on fait avec.

Avril 2011, Istanbul.

Mes six mois de stage touchent à leur fin et Aslı me propose de rester de façon permanente. Même si j’ai beaucoup appris en quelques mois, je ne me vois pas vraiment vivre à Istanbul. Travailler pour une petite marque, c’est aussi bosser tout le temps et sur tous les projets en même temps. Avec mon emploi du temps chargé je n’ai jamais eu le temps de vraiment apprendre le turc, alors je me débrouille pour les phrases usuelles, mais ça ne va pas plus loin. Je peux uniquement communiquer avec ma boss et sa chef d’atelier, et je me sens coupable. D’autant plus qu’une des employées s’est prise d’affection pour moi et a appris deux phrases en anglais : « Do you want tea? » et « I love you Esther! » C’est adorable et ça me fait ressentir mes lacunes. J’ai aussi eu l’occasion de voir comment marchait une grosse boîte. Aslı plaisante toujours quand on rentre dans l’immeuble de bureaux qu’on est le « leather jacket gang » : on ne s’adaptera jamais complètement à cet environnement. Ce boulot est à l’antithèse de l’autre et je me sens un peu schizo : d’un côté on raconte des histoires et on recherche la différence, de l’autre on adapte les tendances de la façon la plus mainstream possible. Même si l’expérience valait le coup j’ai besoin de changer. Le quotidien n’est pas plus facile à gérer, l’appartement qu’on m’a prêté est une cage dorée et je n’y suis pas vraiment chez moi. Alors j’habite la moitié du temps dans l’appartement sans meubles d’Haakan.

Et puis, après une soirée sous acide on décide de bouger à New York.

*Ça devrait apparaître plus tard chronologiquement mais ça va bien avec la description du quartier alors j’en parle ici : en bas de ma rue il y a un grand parc. Dans ce parc, il y a une espèce de construction couverte dans laquelle on trouve une centaine de chats dont des dizaines de chatons. Ils ne sont pas apprivoisés mais les gens apportent des gamelles d’eau, de lait ou de nourriture. Il y a énormément de chats sauvages dans la ville, quelques chiens aussi. (http://sniffingthepast.wordpress.com/2012/05/03/stray-dogs-in-istanbul/) Dans les mois qui suivent, quand je me sens un peu seule je vais là-bas et je regarde les mini créatures s’agripper à mon perfecto et se battre pour me faire des câlins.


Le mec du bus

This post originally appeared in Retard Magazine in October 2013. Read here.

Malgré tous les articles qui proclament que Tinder et OkCupid auront la peau des histoires d’amour comme on les connait, une sévère exposition aux comédies romantiques nous donnent toujours envie d’y croire. Et quand je dis « nous » je veux dire « moi ».

Alors l’autre jour, quand j’attendais mon bus un arrêt plus tôt que mon arrêt habituel, j’ai eu envie d’y croire. Je vois du coin de l’œil un mec qui me tourne autour. Semi-réveillée et sans mascara, je ne regarde pas trop. Puis il m’aborde, « Hey, je te vois dans le bus tous les jours et j’ai pas envie que tu te sentes obligée de me parler mais je me disais qu’on pourrait se dire bonjour quand on se voit. ». Aw, enfin un mec qui sait ne pas s’imposer ! Je regarde mieux, et miracle, il ressemble un peu à Justin Theroux (le mec de Jennifer Aniston, tu lis pas People ou quoi ?), alors pour préserver son anonymat je l’appellerai ici Justin. On monte dans le bus, on discute un peu, il est plutôt sexy avec sa voix grave et malgré son accent écossais à couper au couteau. Puis on monte à l’étage du bus mais il n’y a pas de places à côté alors je finis de me maquiller tranquillement. Et sans échange de numéro.

La semaine suivante, je bois un verre au pub du coin de la rue de mon bureau avec deux collègues/amis. Je sors mon museau de mon verre de Prosecco et Justin apparaît devant moi. Comme par magie. On discute un peu et il me demande mon numéro de téléphone, que je lui donne en le prévenant que le lendemain je pars en vacances à Bali donc on se verra à mon retour.

Ellipse narrative de deux semaines et je suis rentrée de Bali mais le dernier soir de mon séjour j’ai été jetée dans une piscine. Toute habillée (en soutien-gorge et booty-short quoi). Avec mon iPhone dans la poche. Malgré son séjour dans un sac de riz, l’iPhone ne ressuscite pas. Je suis un peu triste. Tant d’obstacles entre l’homme de ma vie et moi ! Et puis je ne prends plus trop le bus, je marche ou je cours. Heureusement, les dieux de la comédie romantique sont avec moi et il pleut si fort que je me résous à le prendre, toute mignonne avec mon grand chapeau (je n’ai pas de parapluie). Toute seule à l’arrêt, je lève la tête et évidemment, Justin est assis tout devant, à l’étage. Je grimpe et il m’explique qu’il prend plutôt le vélo et que c’est la première fois depuis qu’on s’est parlé qu’il prend le bus. Il me propose de m’arrêter au café à côté de nos bureaux respectifs et j’arrive donc au travail en retard, un black americano à la main et un grand sourire sur les lèvres. Sans téléphone, je lui ai laissé mon adresse mail.

Ce qui nous amène à l’acte final de notre romcom. Ce dimanche, après une séance de yoga éreintante, je vais voir ma copine Polly jouer à Hackney Wicked, une sorte de festival de quartier un peu à l’est de mon ‘hood. Après le concert, alors que je suis en pleine conversation avec des amis, surgit… Justin, vous l’aviez deviné. Je lui lance « Mais c’est pas possible, tu me suis ! » et une chose en amenant une autre, je l’invite à rejoindre mes amis qui m’attendent au pub. C’est là que les choses se corsent, car entre ma copine Kaitlin, Justin, son frère et moi, aucun ne connait le pub. Kaitlin dégaine son iPhone et un plan apparait mais on est à un croisement et on ne sait pas par quelle direction commencer. Justin lui lance alors, avec un ton bien prétentieux que je ne lui soupçonnais pas « C’est toi la chef de l’expédition, mais perso grâce à mon job je sais comment lire une carte. ». Échange de regards entre Kaitlin et moi. Alors qu’on marche, les deux frères se plaignent bien fort d’être morts de faim. On leur rétorque que nous aussi mais il y aura sûrement de quoi survivre au pub. Après une dizaine de minutes rendues pénibles par notre incompréhension face à leur accent, on arrive à destination, fait souligné par Justin qui trouve le temps entre deux gros soupirs de nous annoncer qu’il est « bien content d’être arrivé« , car il en avait assez de marcher. Je m’empresse de commander un Coca light et de m’asseoir à la table de mes amis dans le jardin. Justin arrive alors et de sa voix tonitruante, annonce « on a un gros problème ». Douze paires d’yeux se tournent vers lui. « Ils ne servent plus à manger. » Personne ne sait quoi dire. Scandalisé, il reste là à attendre une réaction qui n’arrive pas. Awkward. Enfin, il informe le groupe : « on s’en va. ». Dès qu’il s’est un peu éloigné, tout le monde rigole. J’explique « ouais désolée, c’est mon copain du bus. J’espère que je ne vais pas le revoir de sitôt. » 

Alors je vais retourner sur Tinder si ça ne dérange personne.


Free Pussy Fuckin' Riot

This post originally appeared in Retard Magazine in October 2012. Read here.

Soulagement. En allant faire pipi, je repère un petit poster KEEP YOUR ROSARIES OFF MY OVARIES (= Enlevez vos chapelets de mes ovaires). Une heure plus tôt, j’ai vraiment eu un éclair de génie en forçant ma cousine Johanna à mettre un t-shirt noir simple plutôt que son t-shirt tout imprimé de croix. Et en enlevant mon collier crucifix. 

On est au Hoxton Square Bar Kitchen à Londres pour une soirée de soutien aux Pussy Riot. Le premier groupe qu’on voit s’appelle Skinny Girl Diet, et c’est un peu relou de chercher des infos sur elles car les résultats de google m’informent qu’apparemment il faudrait limiter mon apport calorique entre 400 et 650 calories par jour. Salut au paquet de Pringles qu’on a mangé hier. Finalement je me souviens qu’elles avaient eu une chanson en ligne sur Rookie, le site que j’aurais bien aimé lire quand j’étais ado. La chanteuse-guitariste et la batteuse, visiblement soeurs, me plaisent pas mal, mais la bassiste, elle pour le coup vraiment skinny, se met à crier dans le micro comme un chat qu’on égorge. Une chanson ça va, mais on se sort rapidement avec ma cousine pour parler un peu plus à l’aise. Un peu plus tard ma copine Polly, qui a bossé sur la programmation, m’informe que les Skinny Girl Diet ont seulement 14 ans, alors je leur pardonne. Un jour elles prendront une bassiste qui crie peut-être, mais qui suit bien la ligne de basse. 

On revient dans la salle de concert un peu plus tard, et on s’assoit sur le côté parce que Johanna a mal à la cheville. Et puis j’ai mis mes bottines à talon parce que mini-short, mais j’avoue que je ne fais pas la maline à rester debout non plus. Avec ma tête à cette hauteur, je ne tarde pas à me prendre un coup de sac clouté dans la pommette. La gentille mamie assise à côté de moi me file des gélules d’arnica et commente « You’re a punk casualty! » (Tu es une victime du punk !). Là encore, le groupe est décevant, mais Polly m’a assuré que les groupes suivants étaient géniaux. Elle a l’air timide comme ça, mais je lui fais confiance parce que c’est la leader du très bon groupe Deaf Club. La salle commence à se remplir de filles habillées d’espèces de grands sacs en toile, avec du lipstick noir appliqué en mode McQueen 2009. (Si si, toi-même tu sais

Quand elles montent sur scène, ça fait du monde. En entendant la description « c’est un choeur punk de 20 meufs » j’avoue que je m’attendais au pire…très vite on se regarde tou(te)s, super impressionnées. Je vous présente GAGGLE.

Virgin Mary, Mother of God, put Putin away, put Putin away, put Putin away.  

Devant nous, ça saute, ça chante, et c’est surtout très cool. En sortant pour une pause clope, on donne quelques livres pour financer la défense des Pussy Riot, et sur les feuilles laissées à l’entrée pour leur transmettre des messages, j’écris ‘FREE PUSSY FUCKING RIOT’ en dessous d’un très inspiré ‘Vive la Marseilleise’ (sic). 

On ne tient plus debout, mais on reste écouter le dernier groupe, Peggy Sue, dont j’ai entendu du bien mais que je n’arrive pas vraiment à placer. Elles ouvrent leur très bon set par une reprise de Fools Rush In, et si je crois au début que la blonde Rosa Slade est la star du groupe, il s’avère que la brune Katy Young a également une très belle voix et que les deux s’harmonisent très bien. En plus elle est mignonne avec son mini-short. Je commençais à me sentir un peu seule parmi les lesbiennes butch qui m’entourent. C’est pas facile tous les jours d’être féministe.